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"Atelier Théâtre au HP de Laragne"

HP"“Théâtre de l’Atelier”, “Atelier Théâtre”, peu importe le terme, içi : on fabrique un temps différent. La maturation est longue et l’enjeu est de taille : jouer. Chacun apporte son énergie, régulièrement, avec application et volonté, pour que naisse le théâtre. Un sentiment neuf, une émotion décodée, une connivence modelée semaine après semaine au cours de cet atelier thérapeutique  au sein de l’Hopital Psychiatrique de Laragne, mais ouvert aux participants extérieurs. C’est à l’initiative de Marc Leroy, infirmier, de Sophie Rigal, psychomotricienne, et d’Héléne Scotto, psychologue, que l’activité “théâtre” a vu le jour, voilà trois ans. Séance hebdomadaire où se présentent une douzaine de personnes, et où, comme le souligne Marc : “Chacun prend quelque chose en rapport de ses besoins”. L’implication des patients est étonnante, pour qui aurait pu en douter. Dès 2005, un spectacle se créé : “Rabelais, le voyage”, adaptation d’extraits des œuvres complètes de l’auteur. 
Des textes vifs, stimulants, et la possibilité, pour le spectacle, de s’adapter aux acteurs, de mettre en formes leurs fulgurances. Le cycle de préparation est long et particulier, mais le résultat, souvent quelques représentations, n’en est que plus précieux. Certains de nos collaborateurs ont ainsi  pu assister au deuxième opus de la troupe “Le Cabaret”, adaptation extrêmement libre de textes de Beckett (En attendant Godot), et à nouveau d’extraits des œuvres complètes de Rabelais (dont les mots cotoient avec modernité ceux du dramaturge irlandais). Spectacle à tirroirs, où autour du couple Pantagruel-Panurge, “le plus grand nombre peut trouver sa place”. Panurge échappe aux mains des turcs, mais Beckett est passé par là… “Cabaret” atypique  où “la gratuité et le plaisir du jeu  prennent le pas sur la linéarité du récit…la musique et la danse, sur la référence littéraire”. En 2006, plus de 40 patients participent au moins une fois à l’Atelier, un groupe plus fidèle - mais tous les participants sont associés à la représentation- porte le spectacle en juin 2007, à Manosque, dans le cadre d’un Festival de Théâtre amateur. Un succés, qui appelle aujourd’hui une suite : “Avec le Cabaret on a pris goût aux danses. On a envie d’en mettre partout. Il y a aussi plein de choses possibles avec des costumes, des accessoires, des masques, des marionnettes ou des machines!”. Ainsi se prépare “Le Voyage, 2ème partie”, pour une présentation en début 2009. Soyez attentifs, et ne ratez pas les quelques dates à venir. Rares sont les moments où l’être humain s’exprime hors des codes, au rythme d’un espace temps libéré, lent et dynamique, profond  et joyeux : comme naissant.
Olivier Dalmon

“Le personnage de théâtre, le plus souvent, ne fait que jouer un rôle, comme le fond autour de nous ceux qui se dérobent à leur propre existence. Chez Beckett, au contraire, tous se passe comme si les deux vagabonds se trouvaient en scène sans avoir de rôle(…) Ils doivent inventer. Ils sont libres”
Alain Robbe-Grillet

4ème de couv, BuëchMag #386, Février 2008.



"Hélène Scotto, des  paroles et des mots"

EtienneEcouter, écrire, jouer… du silence, de l’attente, naissent des mots. Héléne Scotto, aide les gens à retrouver une parole parfois perdu. Elle donne aussi des mots à vivre aux comédiens consentants. Les siens, pour le “Roi et le Chien” des Pile ou Versa, ou “Le Samouraï sans masque” de la Compagnie du Crapaud, ou ceux de Jean Giono pour une adaptation des “Deux cavaliers de l’orage”. Déjà joué avec “L’Atelier théâtre des Jasons” à Saint-Julien en Beauchêne (avec A.Vargoz et R.Lejeune) et à deux reprises au “Paraïs”, dans la maison et devant la fille du marcheur de Lure, le spectacle se prépare aujourd’hui pour cinq comédiens.  Marc Leroy et Etienne Ranger sont de la partie, pour une pièce opérationnelle sur plateau réduit, “à la carte”, en toute liberté, avec enthousiasme et poésie. En guise de conclusion, Héléne nous livre cet aïku créole : “Ce matin, il y a plus de c’apauds dans la mare, les c’apauds s’acc’oissent” O. Dalmon

Encadré 4ème de couv, BuëchMag #386, Février 2008.










"Aspres sous  les sunlights"

Aspres"C’est dans la touffeur d’une MJC d’Aspres-Sur-Buech pleine à craquer que Mr Benmarrazze, PDG de SOLAR EUROMED, confirme aux quelques 300 auditeurs la construction sur le site du Chevalet de la 1ère centrale solaire française à concentration de Grande Puissance. Une production de  12 MegaW, 80 hectares de panneaux rotatifs, 2 cuves de 20 x 15 m, 2 ans de travaux, 200 contrats de travail temporaire, puis 40 CDI, 1 Million d’euro de taxe pro et 50 000 visiteurs par an pendant les 30 années de l’exploitation (2010 -2040).
Devant le fait accompli, et avant d’en venir aux nombreuses questions précédant le “Slide” de présentation du “Projet”, décrivons le cheminement, disons politique, de cette implantation.

Solenha, c’est quoi?
L’objectif du projet : être capable de produire de l’électricité solaire pour une ville de 50000 habitants, en utilisant le soleil et en évitant le déversement de CO2 dans l’environnement. Cette initiative représente une nouvelle stratégie énergétique associant l’Europe et les pays méditerranéens. C’est donc un projet “National” politiquement trés correct à l’heure du Grenelle de l’environnement et de l’envolé des prix du pétrole. Trois sites des hautes alpes sont choisis, par “positionnement d’un satellite météo-rologique”, pour la richesse des rayons solaires direct. Il sont tous dans le Buëch : Sellas, les Eygaux, le Chevalet. Etonnant.
Le 16 octobre dernier, la société SOLAR EUROMED* signe donc une convention avec le Conseil Général des Hautes Alpes pour construire dans le département la 1ère centrale solaire française à concentration de Grande Puissance sur le site du Chevalet. Puis le projet est présenté au ministère de l'Écologie, du Dévelop-pement et de l'Aménagement durables le 16 novembre dernier. L'État apporte son soutien au projet le déclarant "projet industriel démonstrateur". Autant dire “projet test”, ce qui explique la “faible” production de l’unité (Serres-Ponçon a une capacité de 380 MW) et la venue d’unité de recherche du CNRS. La centrale solaire est autorisée à produire 12 mégawatts sur 5 000 heures par an qui seront revendus à EDF 30 centimes d'euro le kilowatt. L’ensemble du projet est adopté à l’unanimité par le comité de pilotage le 30 novembre, puis voté par l’Assemblée départementale le 18 décembre 2007.

Des Questions?
Mais pourquoi le Chevalet?
Les Eygaux recelle des vestiges archéolgogiques, et Sellas porte en son sein la conduite d’ethylène bien connue des buechois. Le Pôle Aviation sera transféré à La Batie-Monsaléon -accord du propriétaire privé-, le projet Quasar dopé par l’arrivée de la centrale.
Comment ça marche?
La technologie du solaire à concentration exploite les caractéristiques optiques et calorifiques des rayons du soleil. La lumière, concentrée grâce à de simples miroirs, vient chauffer un fluide. La chaleur est ensuite transmise à de l’air ou de l’eau qui viennent faire tourner une turbine génératrice d’électricité. Qui dit turbine dit exploitation industrielle, l’électricité est alors distribuée par le biais du raccordement au réseau général d’électricité enterré. C’est de la semi-basse tension.
Quelles sont les nuisances potentielles ?
Pollution de l’air : aucune, ni de CO2, ni de NOx, ni de SOx. Pollution de l’eau : aucune, la centrale utilisera des tours aéro-réfrigérantes air/air. Bruit : Pas plus qu’une climatisation de super marché. Paysage : Pas d’impact majeur, le site se trouvant sur un promontoire. Aucun souci de dépollution après démantèlement : La construction de la centrale n’utilisant que des matériaux "nobles" (acier, verre, béton).

En conclusion
La technologie n’a pas les inconvenients du photovoltaïque (besoin et traitement du Sillicium). Elle est source d’une communication “terriblement” actuelle, porteuse d’un tourisme propre et aisé. On dira donc -sur la forme- avec Mr Faure  que “c’est source d’une notoriété incroyable pour le Buëch”, et avec Mr Seard que “le Buëch tient enfin dans ses mains la chance d’un essort égal à celui de Serre-Ponçon”(sic)…
Pour ceux qui -sur le fond-  ne sont pas de cet avis… qui songent rêveurs à l’accès à une énergie individualisée et gratuite… ou à une démocratie de tous les instants… ils n’ont cas s’exprimer -ou pas- dans les urnes, car pour ce coup-ci : alea jacta est!
O. Dalmon

Rubrique Environnement. BuëchMag #386, Février 2008.



"Dites Monsieur…dessines-moi une courge"

Superbe ambiance à l‘Epine, où des courges de toutes formes rêvassent au soleil. Les cuccurbitacés se cotoient avec grâce, verts, rouges, jaunes, grands, minuscules, plats… la nature généreuse et les hommes malins ont, pour le bien de l’espèce, encouragé le métissage et les croisements. La plus grosse, la plus petite, la plus pustuleuse, la plus originale… les premiers prix s’egrainent.
Les enfants invités à la fête, présentent de belles œuvres d’art, à base… de courges : le loup et l’agneau, le système solaire, la courge habitée. Magnifiques créations justement récompensées.
Et voici (ci-contre Photo OD) Mr Louis André : “Je me suis mis à élèver des courges de toutes sortes pour évacuer la tension d’un métier prenant…”. Il est primé pour la plus longue et la plus “sensuelle”. Mais la plus belle est sa courge “Petit Prince” arborant les mots scarifiés de Saint-Exupery. Un auteur qu’il affectionne et qui l’a aidé, petit, à apprendre à lire et, par la suite, à bien d’autres choses. “Maintenant, j’aimerais transmettre mon savoir de la courge. à quelqu’un qui aurait du terrain, à Laragne où ailleurs dans le Buëch… je pourrais l’aider à démarrer…”. Puis, citant Saint-Ex dans Terre des hommes, il me dit : “Le bagne ne réside point là où les coups de pioches sont donnés. Il n'est pas d'horreur matèrielle. Le bagne réside là où les coups de pioches sont donnés et n'ont point de sens, qui ne relient pas celui qui les donne à la communauté des hommes.". A méditer. Mr André sera présent à la Foire aux Fruits Anciens d’Orpierre, belle barbe et beau chapeau, n’hésitez pas à le rencontrer." O. Dalmon

Encadré 4ème de couv, BuëchMag #384, Octobre 2007.




Cie Où Rêvent Les Arbres, "SUR LE FIL!"

"Dans un spectacle de marionettes, on s’attend à voir les ficelles inévitables d’un genre que l’on classe en enfance, point.
Içi, il n’en est rien : Alice se déplace, toute de chair et de bois, avec la délicatese d’une toute jeune enfant, charme et douceur. Barnabé n’y croit guère et de sa voix chantante cherche à apprivoiser le petit être. La vie va. Les comères, étonnantes voisines bicéphales, pénètrent, bienveillantes, l’espace intime de cette drôle de famille monoparentale. On est pris. La maisonette se meuble d’objets animés et le gendarme surgit! Que va-t-il se passer? …
Suivre les déplacements chorégraphiés …être étonné d’un détail…d’un enchainement de mise en scène… ne pas perdre le fil de cette tendre histoire.
La Cie où rêvent les arbres tissent vers nous des fils invisibles, et on entre dans la petite danse de cet instant poétique et simple. Ce soir, par leur travail sans artifices, nous sommes, petits et grands, leurs marionettes, et c’est bien agréable." O. Dalmon

Rubrique Prés de chez nous, BuëchMag #384, Octobre 2007.




"JONAZ CIRCUS. Que le spectacle commence"
Reportage photo

"L’année dernière, à 16 ans, Jonathan quitte le système scolaire généraliste pour vivre sa passion à plein temps : le cirque. Installé aux Paroirs, hameau rattaché à Veynes, le “Jonaz Circus” donne dès l’été quelques représentations en plein air. Nous y étions.
C’est toujours avec émotion que l’on voit la passion à l’œuvre. De retour en enfance, on s’abreuve à la source perdue. Le temps s’arrête… et le spectacle commence!
Chèvre intrépide, chat-volant, po-nez de clown, lama, boa… les animaux habitent le quartier et ne semblent pas inquiétés par la difficulté des numéros. On se régale. Un jeune Monsieur Loyal introduit les artistes. Jonathan et ses partenaires (frère et sœur, cousins…) alternent jongleries, numéros de trapèze, de dressage ou d’équilibre. Toute la famille participe. Les beaux costumes, confectionnés par la grand-mère, brillent sous le soleil. La scénographie est très élaborée, l’arrière plan bucolique, et le spectacle déjà plein d’une maîtrise toute professionnelle. On s’émerveille des gestes sûrs et délicats de maître Jonaz, commandant d’un regard le saut d’un chat, ou domptant - clou du spectacle- les pires monstres au sang froid ! D’abord passionné par les chevaux, Jonathan affectionne aujourd’hui les animaux exotiques avant peut-être d’atteindre son ambition : la cage aux lions. Un rêve qui pourrait devenir réalité dès cette rentrée 2007, au sein du Cirque Muller…
Un œil chez Fellini, l’autre devant le “Plus Grand Chapiteau du monde”, on songe au balancement de Solveig Domartin assise sur les ailes du Désir… A ne pas rater!"
O. Dalmon

4ème de couv, BuëchMag #383, Août 2007.




"Dans le Vieux Serres, la Rue Peuzin"
Reportage photo

"La Rue Peuzin traverse le Vieux Serres de part en part et se pare aujourdh’ui de plusieurs officines de caractères : un café -galerie “L’Entre-Pôts”, un tatoueur “Nomad Tatoo”, un calligraphe “L’ Atelier du Copiste”…
La Rue peuzin est le point d’entrée idéal pour une visite du village médieval. A l’ombre des voutes, vous arpenterez les fraiches ruelles. Vous admirerez la maison du dernier connétable de France, ancien chef des protestants du Dauphiné : François de Bonnes, Duc de Lesdiguières. Construite en 1585, 4 étages au dessus, 3 étages en dessous du niveau de la rue, classée monument historique, elle arbore en façade de magnifiques éléments décoratifs : corniches, modillons, chapiteaux et bases de pilastres…
Reposez-vous sur les bancs des placettes, observez le campanile et entrez dans l’église romane XIIème siècle. La promenade vaut le détour, elle dure environ une heure si vous faîtes l’aller-retour jusqu’au tombeau juif du XIIème s. surplombant le village. En redescendant, visitez “L’Atelier du copiste” et ses travaux de caligraphie. Osez le tatouage chez “Nomad Tatoo” et enfin, arrêtez-vous boire un coup, au n°72, à “L’Entre-Pôts”, café bar culturel, galerie d'art -”vitrines d’artistes” en Août-, soirées musicales tous les week-ends pendant l’été. Vous y trouverez produits régionaux, vins, épicerie fine, idées cadeaux et un petit coin “brocante” ! Le tout dans un très bel espace où, tranquillement installé, vous dégusterez une bière artisanale ambré des frères Alphand. Remarquez à l’étage l’escalier en fer forgé et la rénovation parfaite de cette typique maison de village serroise. Tél. 04 92 67 17 91. Reposés, vous finirez votre visite par le n°61 : c’est l’atelier de Christian Garoute , dont l’évocation de Serres illumine cette année l’affiche du Festival de Jazz. Sur RV. Tél. 04 92 67 12 48."O. Dalmon

Rubrique Prés de chez nous, BuëchMag #383, Août 2007.








"Histoire & Découverte du Val de Channe"

"En ces temps anciens, dans le “Val de Channe”, on mange la “Gaudille”, soupe d’épautre, et les jours de fête, après avoir brûlé “Caramantran”, on joue au “Cionchon”. Le “Quinquet”, où brule la graisse fondue, éclaire les pièces des maisons et les pays de Savournon, Le Bersac, Montrond et Saint-Genis sont encore des Etats Féodaux. La culture du chanvre domine, la vie n’est pas facile…

Jean-Paul Nivou nous livre, ici, le travail d’années de recherche. En deux parties, une “histoire et découverte” et des annexes documentées, il nous raconte, de l’ère glaciaire à la Révolution, avec amour et précision, ce pays où il vit. Entre Savournon, Le Bersac, Saint-Genis et Montrond coule “Channe”. Le torrent serpente, irrigue les cultures, apporte joies et peines, avant de venir grossir les eaux du Buëch. Les seigneurs se succèdent, les maladies et les guerres passent, le pays reste. Un récit passionnant qui met en lumière cette vallée du sud des Hautes-Alpes, son histoire, ses coutumes et ses habitants.” O. Dalmon

Rubrique "A LIRE", BuëchMag #382, Juin 2007.




"Au pays des Pile ou Versa"


Ces dernieres années, les " Pilous" ont beaucoup voyagé. Cette itinérance, inscrite dans leur projet de troupe, est aujourd'hui lovée au cœur de leurs créations. "Gulliver " en est l'exemple émouvant.
Au début, il s'agit de vivacité et d'humour : déplacements immobiles, énergie, envie exacerbée d'être là, en direct, loin de l'ironie. On embarque avec eux. Ce voyage en littérature anglo-saxonne, terre de migrations, de départs, de voyages initiatiques, n'est pas un hasard. Les anglais, navigateurs, explorateurs, se sont toujours attachés à franchir l'horizon, créer la ligne de fuite, découvrir l'autre monde, l'inconnu… pour revenir boire une bonne tasse de thé. Alors, la scène est là, toute ronde, réduite et Gulliver est planté en son axe. Ce milieu n'a rien d'immobile, de central, " il s'agit au contraire d'une vitesse absolue ". Le voyage commence. Tout l'univers des Pilous est là. Entrée en douceur, scène mouvante, peu à peu délimitée par le jeu des lumières, costumes inventés avec maîtrise, éléments de décors pertinents et gracieux, couleurs, sons, musique, jeu… L'action se déroule, les rôles s'échangent, se transmettent, se partagent. Bienvenus dans des mondes différents : petit, grand, scientifique, animal, moderne… liste non exhaustive. Mais est-ce là l'essentiel ? Je ne crois pas. Ce petit " je " tente ici, est né du sentiment précis ressenti alors : l'invitation à participer, venir au milieu, prendre part, laisser le spectateur de côté et de-venir, l'espace d'un moment, spectacle. Les Pilous nous ouvrent leur porte. L'accueil est assuré tout en énergie par deux volcaniques gouailleurs qui partagent le même œil sur nous, cyclopecomique à l'accent british, cul et chemise, Buster et Buster, Ben et Jerry… Chaleureux accueil. Mais une fois installé, c'est à " Glumdalclitch " que nous allons devoir l'hospitalité. Sous le masque étranger, celle qui à l'instant rivalisa it d'énergie avec ses camarades de jeu, nous entraîne maintenant vers une surprenante inquiétude. On est pris de vitesse. La maison est grande ouverte, mais on nous laisse libres, projetés dans un puits de lumière bleutée, l'imagination sollicitée emporte les plus fiers d'entre nous aux frontières de leur propre monde. On aurait bien aimé en reprendre pour un tour. Gulliver, lui, y retourne. Nos pensées sont avec lui. " O.Dalmon

4ème de couv,  BuëchMag #381, Avril 2007.




"Mémé Tonine, de Mussolini à Internet"

MemeElvire, dite „Tonina“, Langiani  a dix ans lorsque, en 1930 , elle quitte l’Italie fasciste. Après une escale en Corse, elle retrouve sa famille à Marseille. Pour cette petite toscane des montagnes, la ville est immense.
Ces parents s’installe au Vallon Montebello, fief italien.

Elle  va à l’école, mais quand on lui demande „comment tu t’appelles?“, elle comprend „tu as la péla!“, et croit qu’on la traite de galeuse. Elle n’y retournera pas.
Elle commence à travailler , au „vallon“:  petite main
chez Orlando Mariottini, un tailleur originaire de la région d’Arezzo, arrivé à Marseille avec la vague précédente, fin XIXème.
Elle épouse Pierre-Jean, l’aîné de ses fils. La guerre arrive, on lui reproche d’être italienne, Pierrot part faire son  “service” en Savoie, le lendemain de ses noces. Le conflit s“achève, ils s’en sortent, mais ironie du sort, sa belle-mère décède,  renversée par une jeep…américaine. Elle fait alors la cuisine  pour son mari et ses deux jeunes frères, son beau-père, et ses deux filles… 
Le couple mène une vie indépendante d’artisan-tailleur, achète une maison, travaille pour la bourgoisie de Perier-Paradis. Trois enfants,sept petits-enfants, deux arrières-petits enfants… La plupart ont eu, ont ou auront un rapport particulier avec l’Italie, certains en ont fait leur sujet de thèse, ou y ont fait une partie de leurs études, d’autres parlent la langue, y  font des affaires. Les liens avec la famille toscane ont été maintenu, et les „francesi“ sont toujours les bienvenus.

Les pâtes à la main -tope, gnocchi,ravioli…- sont avec la polenta -au bachala ou sdraïta (étalée sur la table)- sa spécialité la plus typique. Le secret de fabrication tient tout entier dans un mouvement de main, et…dans la volonté de réunir les siens.
Encore aujourd’hui,  dans sa maison du quartier Vauban  qu’elle a connu  voilà plus de 70 ans, Mémé Tonine assure quotidiennement les menus, grâce à la présence de son fils et parfois de ces petits-enfants. Et chaque année, elle s’inquiète pour le  “gros souper“  du 24 Décembre au soir.
Aucune inquiètude  à avoir pourtant, c’est au contraire , grâce à elle, pratiquement la seule fois de l’année où  la famille se retrouve… grâce à elle, et à sa cuisine! ”


OD pour MIAM Magazine, Octobre 2000.




"La truffe, labels et la bête!"
Entretien avec Jean-Marc MARIOTTINI, ethnologue.


TruffeMiam # Dans quel but avez vous réalisé ce rapport: ”RABASSO NEGRO, Eléments d’Histoire et d’Ethnologie sur la Truffe de Provence“?
J.-M. Mariottini > Il s’agit, pour le Syndicat des Producteurs de Truffe de Haute-Provence, de réunir les éléments nécessaires à la demande d’Appellation d’Origine Contrôlée, ce rapport représentant la partie éthno-historique du dossier. En fait il devient urgent de protéger la Truffe Provençale, en s’y intéressant de près. La confusion s’est en effet installée quand aux origines et qualités des diverses truffes.

# C’est quoi une truffe ?
> Une truffe, c’est un parasite qui se greffe sur des racines d’arbres, généralement des chênes, mais aussi sur des pins d’Alep, des noisetiers, des tilleuls, et pas mal d’autres espèces. Lors de la plantation de l’arbre truffier, l’horticulteur, spécialisé en chêne truffier, inocule le parasite : le Micelium, sorte de filament blanc microscopique.Puis se développent les ”mycorhizes“, et enfin les truffes. C’est une culture. Enfin, le chien, ou mieux le cochon, sont ensuite employés pour renifler la présence des truffes.Il s’agit de grande surface à visiter, c’est un travail à plein temps.

# Il n’y a pas de truffe sauvage ?
> Si, car le parasite peut „voyager“. Mais la truffe reste un mystère :

# Depuis quand cultive-t-on la truffe?
> On trouve des traces depuis très longtemps. Pline l’Ancien en parle, ainsi que Théophraste qui l’étudie au IVème s.On pense la trouver du temps des grecs, et en Lydie, actuelle Turquie, sous le nom de ”Terfez“. En Provence, la plus ancienne trace remonte aux alentours de l’an  1100, près de Carpentras. Puis, elle disparaît un peu au moyen âge, pour réapparaître à la Renaissance. Le premier cultivateur était installé dans la région d’ Apt. Une stèle existe d’ailleurs à Saint Saturnin d’Apt pour le rappeler. La grande période, c’est le début du XIXème siècle avec presque 1000 tonnes produites par an. En rapport, de nos jours la production plafonne à … 30 tonnes. La question se pose d’ailleurs de savoir où allait cette énorme quantité de truffe? En effet, à l’époque, les habitudes alimentaires en faisait un produit que le paysan ramassait et consommait couramment, donc hors statistique, les restaurants  étaient moins nombreux qu’aujourd’hui, et l’industrie, avec l’appertisation démarrait à peine.

# Vous parlez de traces anciennes en Provence,
la truffe n’est donc pas un produit du sud-ouest?
> Non, la truffe est un produit méditerranéen, un de plus, qui a suivi la civilisation, jusqu’à nous. Et sans le militantisme de certains émigrés périgourdins à Paris - et notamment Sylvain Floirat, un des fondateurs d’Europe 1, qui mis en place une véritable filière-, jamais la Melanosporum ne se serait appelée : La Truffe du Perigord. C’est le but de notre démarche : labeliser de la truffe de Provence.

# Les ventes se font également en provence ?
> Bien sur, depuis toujours. Avant guerre, le plus gros marché était Montagnac, à coté de Riez. Aujourd’hui les plus importants sont Carpentras, puis Aups, Apt, Forcalquier. Les courtiers sont les plus gros acheteurs. Ils revendent ensuite aux conserveries et aux restaurateurs, souvent implantés dans le sud-ouest.

# Existe-t-il différentes variétés?
> Oui. La truffe reine est la Tuber Melanosporum, dite ”Truffe du Périgord“. Puis nous avons la Tuber Magnatum, dite ”Truffe blanche du Piémont“, au goût aillassé, de couleur jaunâtre et au prix parfois trois fois supérieur à la première, à ne pas confondre avec la truffe blanche d’été (Tuber Aestivum) de piètre qualité. Enfin, la Tuber Brumale, une Mélanosporum au goût „light“. Signalons une truffe d’origine asiatique : la Tuber Indicum, qui tant à devenir la préférée… des fraudeurs. L’AOC doit mettre de l’ordre dans tout ça.

OD pour Miam Magazine, Octobre 2000..




“De croire en la transmission…”
Entretien avec Richard MARTIN, Directeur du Théâtre Toursky, Marseille..

La mission de transmettre, telle est l’importance de tout ça. Voilà quelques temps déjà Richard Martin mettait en scène Le Don Giovanni de Mozart, avec la rage de l’ amateur. Cette création s’est faite en ce “passage” Léo Ferré, où d’autres viendront voir, écouter, s’initier peut-être, aimer sûrement. 
Don Giovanni ou la révolte du bandit debout contre la société des dupés, telle est l’idée que Richard Martin se fait de la pensée de Mozart… Mettre en scène cet Opéra, à Marseille, entre Belle de Mai et  Felix Pyat, le contraire du médiocre, mais bien plutôt une…“aventure fervente”.

MIAM #  Quand on vous dit : “recettes de cuisine…” ?
Richard Martin > La référence pour moi… ce sont  les calmars de ma maman,depuis toujours. Je fais constamment des comparaisons, mais je n’ai jamais trouvé une recette qui puisse supplanter celle de ma mère. Je suis bien incapable de vous en donner les ingrédients, mais je suis capable de mesurer les autres calamars à l’échelle de valeurs des siens. Je n’ai jamais trouvé, même dans les plus grands restaurants de calamars aussi bon.

# Il est établi que ce sont les femmes, mères ou grand-mères, qui font et transmettent les recettes familiales. Cette idée de transmission est importante. Que se passera-t-il si les femmes ne peuvent ou ne veulent plus avoir ce rôle ? 
> … peut-être les hommes l’auront, s’ils y mettent le même amour, la même tendresse, s’ils ont envie de “faire partager”. C’est une histoire de partage. Il faut avoir envie de faire passer quelque chose. Le jour où l’indifférence prendra le pas, le jour où la compétition bête gagnera, il n’aura plus goût à rien. Que ce soit les femmes ou les hommes, la personne qui fera la cuisine dans le bon état d’esprit, transmettra. Maintenant… la culture libérale à outrance étant ce qu’elle est…le MacDo!

# “Les assis” ne s’assoient  plus pour manger, ils restent au bureau…
> Je crois qu’il y a ceux qui sont dans la vrai vie, et ceux qui sont dans la farce. Ce qui ne veut pas dire qu’à un moment donné, on ne puisse pas se “passer” de manger, parce qu’on a quelque chose de plus intéressant à faire. Le problème, malheureusement, c’est plutôt que les gens qui foncent dans ces endroits là (les Macdo), n’ont rien de plus intéressant à faire. C’est un problème de société… mais j’ai une confiance acharnée, un optimisme fou, même si c’est “dans 10 000 ans”, je suis persuadé que le goût à… tout, résistera. Vous prenez un truc, vous le mettez sous la langue, et vous avez l’intelligence du monde. Comment ça se passe?

# Avez-vous déjà eu faim?
> C’est pour ça que je suis dans ce quartier… C’est lier… Ce théâtre… Je suis Niçois d’origine. A l’époque, pour faire une carrière d’acteur, il fallait aller à Paris. Je suis donc parti, désobeïssant à ma famille, pour arriver à la capitale sans amis, sans argent, à 17  ans et demi. J’ai dessiné sur les trottoirs. Je couchais sur les bouches de Métro. J’ai compris, au sortir d’une enfance protégé, que le monde c’était pas ce que je m’étais foutu dans la tronche. J’ai vu qu’il y avait des injustices absolus. Je me suis mis à prendre les patins de la détresse. Puis j’ai commencé à travailler en tant que jeune comédien. Vers 19 ans je gagnais bien ma vie, mais je n’ai pas cessé de penser à cette période là. Je me rappelle avoir marcher 3 heures devant une boulangerie en me demandant si j’allais rentrer pour demander un bout de pain. Je ne suis pas rentré.

# Avoir eu faim est un passeport pour la “dignité” sociale.
> Voilà. Et je refuse ce caritatif de merde. C’est insupportable de se dire que la main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit. Je parle de ça aujourd’hui, mais j’en parle rarement. Ça nourrit mes révoltes. On parle de la cuisine, mais quand on n’a pas eu faim… de quoi on parle. Et puisqu’il s’agit de cuisine : j’ai une tendresse particulière pour les endives, plat royal pour moi. J’ai passé une semaine avec un kilo d’endives. Je les coupais en toutes petites lamelles, juste pour pouvoir planter un pic de la fourchette. Et je trompais ma faim avec ces endives. Aujourd’hui, un plat d’endives, c’est géant. Ça me ramène à ma conscience. Le pourquoi aussi de ce lieu ouvert, dans ce quartier, non réservé à des privilégiés.

# Comment ça se passe ici ?
> Je ne sais pas. C’est une question de relais, de maillons, de transmissions. Rencontrer des gens, ou des situations, qui vont t’éclairer. On est dans l’initiation, le compagnonnage. Et quand tu es sur la voie, ensuite tu marches seul. Tout être humain à droit à  l’entière croissance. Il a le droit d’exiger de l’humanité d’être secondé dans son effort. C’est pour ça que je continu à me battre, car ce qu’ils croient secondaire est fondamental. Le seul militantisme possible à l’heure actuelle, c’est le développement culturel populaire. Sans démagogie, la seule façon de se battre pour les hommes, c’est de leurs ouvrir les théâtres. Il n’y a pas d’autres voies que l’échange et le partage. Le reste est un combat contre soi -même.  Chaque fois me reviennent des phrases de Léo… “Retournes tes yeux au dedans de toit et sors-toi par les yeux”… “ s’auto-vomir”. Ça n’est jamais qu’une histoire entre toi et toi, mais il faut permettre aux individus à avancer. On n’arrose rien, c’est ça qui fait chier dans cette société, dans cette compétition permanente. On éteint les gens, au lieu de les aider dans leurs efforts. J’ai l’air d’un curé en disant ça, mais tout ça on s’en fout. Il y a l’amour. Si tu es authentique et partageur, peu importe ce que les gens ont, ils le partageront et le feront partager. Ils te nourriront autant que toi tu les a nourri. Ç’est un échange, c’est un partage. Il n’y a pas d’intégré, ou de pas intégré à la société. Deux potes sont dans une autre histoire que celle que l’on raconte. On ne rentre plus dans ces fictions sociales de merde, qui nous étouffent, qui font croire aux gens à une seule idée de la vie… La vie c’est… qu’on arrête de respirer à un moment. Et le temps qui nous est imparti, si on le passe pas à prendre un maximum d’oxygène, à rêver, à prendre les risques élémentaires, tant pis pour nous. On a le sens relatif de notre durée.

# Pour “boucler la boucle”, transmettez-nous un souvenir de repas avec Léo Ferré.
> Avec Léo… Ah, j’ai le souvenir de la “daube”, avec les pâtes. La daube qu’il faisait lui même, en Italie, dans sa maison à … .  Je me souviens de la daube parce qu’il l’aimait beaucoup, mais… s’asseoir simplement à une table avec Léo était déjà un extraordinaire repas.

OD pour Miam Magazine, Octobre 2000.